COP26 : le grand fiasco introduction

La COP26 est un fiasco. Nous n’attendions rien de ce sommet réunissant 200 pays et leurs politiques pour parler de l’environnement. Les mesures écologiques qui devaient être prises sont donc un rendez-vous manqué. Mais pas pour Jeff Bezos, les géants du charbon ou du plastique. Des lobbies bien présentes pour défendre leurs intérêts en dépit de tout dérèglement climatique, et urgence environnementale et sociale. L’argent avant tout !? La conclusion de la COP26, modifiée sur les derniers instants, et récitée avec amertume par Alok Sharma annonce la sentence. Explications.

La COP26 : état des lieux

Il s’agit d’un sommet qui a lieu chaque année depuis 1995 et qui réunit les États signataires de la convention cadre des Nations Unies sur les changements climatiques.
Soit dit en passant, prenons un peu de recul. N’est-il pas triste d’être obligés de faire un sommet, chaque année depuis maintenant 26 ans, pour réunir “les plus grands” au sujet du dérèglement climatique ?
Nous en sommes arrivés là.


Cette année, en 2021, elle a eu lieu à Glasgow où près de 200 leaders mondiaux se sont rendus.
Par ailleurs, on retrouve aussi des ONG, des entreprises, des dirigeants de grands groupes… Tous et toutes présents pour faire du lobbying, hum, pardon, défendre leurs intérêts.
On a pu, par exemple, entendre le discours de Elizabeth Wathuti, militante écologiste Kenyane : “je dois vous raconter ce qu’il se passe dans mon pays. En ce moment même, pendant que vous êtes confortablement ici à Glasgow, plus de 2 millions de mes compatriotes Kenyans souffrent de la famine à cause du changement climatique”.
Aux côtés de laquelle on retrouvait des représentants de Total, Shell ou encore Coca-Cola

elizabeth-wathuti-cop26

COP26 : des lobbyies bien présentes

Comme énoncé dans le paragraphe précédent, les dirigeants politiques de ce monde ne sont pas venus seuls. Si seulement il n’y avait que les ONG pour les accompagner !
C’était sans compter sur les gros groupes, autres entreprises, leurs stratégies d’influence et leurs porte-monnaies… Aucun doute n’est permis, tout le monde est là pour défendre ses intérêts.

Vous parliez d’un sommet pour l’environnement ?

Lobbies du pétrole et du charbon

Présents pour défendre leurs intérêts, les grands groupes du charbon et du pétrole sont là pour verdir leurs images de marques. Stand vert (vous tombez encore dans le panneau ?), mise en avant des énergies renouvelables, belles photographies de notre planète pour illustrer (ça ferait moche de mettre une photo de coraux morts, hein).

Mais par contre, où sont les chiffres des milliards de dollars injectés dans les énergies fossiles ? Où sont les images de la grande barrière de corail australienne dévastée (s’il n’y avait qu’elle…) ? Peut-on parler du climatoscepticisme des dirigeants australiens et de leur engagement ferme à poursuivre la production de charbon  ? Ils ont beaucoup d’humour les géants du charbon.

Vous avez dit Greenwashing ?

sources-desmog.com-lobbies-petrole-charbon
The Australian Way : les énergies positives avec la plus grande usine à charbon du monde ? Qui avale ça ? Oh une photographie de l'océan vu du ciel ! Il ne faudrait surtout pas mettre le nez sous l'eau pour voir les coraux morts, ça ferait tâche. Sources photographiques desmog.com.

Nous devons donc avaler sans sourciller les propos et les promesses d’entreprises comme Total qui a menti depuis des dizaines d’années. Sachant pertinemment que leurs actions avaient des répercussions irréversibles sur l’environnement.
En effet, une étude de Global Environnemental change démontre que ce géant du pétrole était bien au clair depuis 1971 de l’impact “potentiellement catastrophique” de ses activités sur l’environnement.

Pourtant, d’après un article disponible dans la revue Nature publiée en septembre 2021, 90% du charbon et 60% du pétrole et du gaz connus doivent rester dans le sol si on veut conserver 50% de chance d’arriver à une température de +1,5 degrés. 

Ils sont, bien sûr, présents lors de la COP26.

Lobbies du plastique lors de la COP26

Il semble évident qu’on ne va pas analyser chaque groupe ni chaque entreprise. Nous y passerions un temps infini et ce n’est pas le but.
En revanche, le but est de souligner l’incohérence de cette COP26 en sélectionnant deux sujets particulièrement énergivores et ou nocifs pour l’environnement parmi tant d’autres comme le pétrole, le charbon et pour ce dernier cas, le plastique.

Dans l’affichage de toutes les entreprises, on peut en remarquer deux qui n’auraient à priori, pas leurs places à ce sommet.
Et pourtant.
Il s’agit de :

  • Coca-Cola ;
  • Unilever.

Ces deux entités se retrouvent sur un triste podium, celui des plus grands pollueurs plastique du monde. Selon une enquête de l’ONG Break Free from Plastic, la firme Coca-Cola se retrouve pour la troisième année consécutive en tête du classement du plus important pollueur plastique mondial. Suivie par Pepsi puis Unilever. Ce dernier qui s’avère être un des sponsors principaux de cette COP26.

Les annonces de Jeff Bezos à la COP26

Le fondateur d’Amazon, qui au départ était une petite librairie, s’est rendu à la COP 26 en jet privé.
Le voyage en valait la chandelle puisqu’il a promis un investissement de pas moins de 2 milliards de dollars via sa fondation Bezos Earth Fund dans le but de “restaurer les paysages et transformer les systèmes alimentaires.”
Un petit conflit d’intérêt ?

Ces 2 milliards seraient notamment injectés en Afrique : « La restauration peut améliorer la fertilité des sols, augmenter les rendements et améliorer la sécurité alimentaire, rendre l’eau plus fiable, créer des emplois et stimuler la croissance économique, tout en piégeant le carbone. »
En piégeant le carbone ? Voilà donc toute la subtilité : il n’est absolument pas question de stopper voire de réduire ses émissions carbone. Ce serait dommage puisque tout le business de monsieur Bezos repose là-dessus.

cop26-fiasco-jeff-bezos

Par ailleurs, alors que les crises environnementales se succèdent et devraient nous pousser à revoir notre modèle économique et notre façon de consommer, c’est exactement le contraire qui se produit :

On consomme toujours et de plus en plus vite.
Amazon est sur le podium en matière de vente de produits en tous genres.
D’ailleurs le modèle économique repose sur la croissance exponentielle des ventes etc.

Pour limiter le dérèglement climatique il faudrait, rien qu’en France et d’ici 2030, réduire par 10 les produits textiles et par 3 l’électronique


En plus de surproduire, Amazon jette et détruit les produits neufs qui ne trouvent pas preneurs. Si quelques six mois plus tard le géant se rend compte que certains produits ne se vendent pas, deux solutions s’offrent aux vendeurs :

  • les garder en stockage contre de menus euros (jusqu’à 10e par produit) ;
  • ou la destruction pure et simple du produit contre quelques centimes d’euros.

De fait 3 millions de produits sont détruits chaque année en France, et 300 millions au niveau mondial.

Nous avons là à faire à une pratique tout à fait légale et plutôt commune.

Enfin, d’avril 2020 à mars 2021, les bénéfices d’Amazon se sont élevés à 26,9 milliards.
Jeff Bezos est la personne la plus riche du MONDE avec une fortune en banque s’élevant à 200 milliards d’euros


Je le rappelle, il s’apprête à verser 2 milliards pour la planète…

COP26 : le président Alok Sharma en larmes pour son discours final

Alok Sharma, président britannique de la COP26, s’est dit désolé concernant le processus général de cette COP et des changements introduits à la dernière minute concernant les énergies fossiles, à la demande de la Chine et de l’Inde.
En effet, cette version de l’accord a été modifiée à la dernière minute pour remplacer le mot “suppression” par “diminution”… Ce qui laisse entrevoir un recul en termes de progrès environnemental.

De fait, dans son discours de clôture, l’homme politique britannique exprime comprendre la profonde déception de chacun. Pour autant, qu’il était nécessaire de protéger ce texte… Effectivement, il est question d’accélérer le processus vers une sortie progressive de l’utilisation du charbon.

Par ailleurs, nous devons contraster ces larmes probablement sincères avec le reste de ses décisions politiques.
Rappelons qu’il s’agit d’un poste avec une pression forte. Auquel il n’a eu accès que quelques mois avant pour se préparer, ce qui est très peu contrairement aux COP précédentes.
En ce qui concerne ses décisions politiques, selon They Work For You, site britannique qui analyse le positionnement des élus britanniques, Alok Sharma semble vouloir contrer les lois qui tentent de lutter contre le dérèglement climatique.
Il a par exemple soutenu et défendu le projet d’autorisation de nouvelles explorations pour les gisements de gaz et de pétrole. De plus, il a reçu une mauvaise publicité en étant visé par la presse britannique pour avoir visité une bonne trentaine de pays en sept mois.
Le cœur du problème étant que les visites ont été faites en avion.

alok-sharma-discours-cop26

La conclusion amère de cette COP 26

Il est assez étrange de consacrer seulement un petit paragraphe pour émettre une conclusion.
Il y a beaucoup de choses à dire, beaucoup de choses à mesurer et à pondérer.
Nous allons aller à l’essentiel.

L’accord adopté par les 200 pays participants à la COP26 ne permettra pas de limiter le réchauffement climatique à 1,5° par rapport à l’ère pré-industrielle.
Les intérêts d’une minorité ont desservis une majorité et les peuples déjà en souffrance sont encore et toujours oubliés.

Le grand pas de ce pacte annonce des engagements ambitieux (mais non suffisants) en termes de réduction de gaz à effet de serre, et ce dès 2022.
En effet, le pacte évoque des aménagements possibles en cas de “circonstances nationales particulières”, ce que l’on a vu déjà lors du changement à la dernière minute pour la formation “suppression” par “diminution”.
Cette formule est bancale et permettra sans doute à certains pays de se défiler de leurs responsabilités.

Nous allons donc devoir composer avec un +2,4° d’ici à la fin du siècle.
Qu’en est-il d’une hausse de 1,5 voire 2 degrés ? Pour illustrer ce que cela peut donner à l’échelle planétaire, laissez-moi faire une analogie avec nous, êtres humains. Si nous rajoutons 1,5 degrés à notre température corporelle normale nous sommes proches des 39.
Dois-je rappeler dans quel état nous sommes quand nous montons à 39 de température ?
Je vous laisse donc faire l’analogie.
Une telle hausse de température va fatalement entraîner la destruction d’habitats naturels magnifiques. L’extinction d’animaux et de plantes mais aussi, le déplacement forcé de population fuyant pour survivre. 

Par ailleurs, nous ne devons pas attendre après les grands groupes et les politiques pour changer les choses et obtenir des actions et des lois satisfaisantes. Nous le voyons depuis des années. L’appât du gain est plus fort que la protection environnementale et la justice sociale.
Partout dans le monde, nous voyons des protestations.
Une prise de conscience générale arrive. Dans les rues, grâce à la diffusion des informations sur les réseaux sociaux. Chaque jour, davantage de personnes prennent conscience de l’urgence climatique et font pression.


Soyons clairs, ne comptons pas sur les prochaines COP. Ne comptons pas sur nos politiques. Les mobilisations citoyennes sont et seront notre chance.

You May Also Like

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *